« Ce n’est pas en mettant une barrière qu’on fait disparaître le problème. »

Qu’elle soit utilisée sous forme de digue contre les intempéries, en rempart contre les attaques ennemies dans d’autres temps ou la distanciation sociale contre le COVID19, la « mesure barrière » existe de tout temps. 

Antoine Le Blanc, chercheur au sein du labo TVES de l’ULCO dresse, dans un article paru dans The Conversation*, les parallèles possibles tout en précisant que le choix de la mesure barrière est discutable, dans son principe et dans les modalités de sa mise en œuvre. 

 
En quoi c’est intéressant pour un géographe de travailler sur le concept de « mesure barrière »? 
 
Ce travail, c’est un travail de prise de recul. On essaye, nous chercheurs, de prendre du recul sur la situation et d’analyser de façon la plus objective possible les paramètres hors médical des conséquences de ce virus. Les géographes s’intéressent beaucoup à comprendre comment le virus peut circuler d’un territoire à un autre, sa circulation dans l’espace mondial. C’est un travail passionnant parce que l’on observe comment ce dernier peut évoluer, s’adapter à différents types de sociétés. 
 
Et puis d’un point de vue un peu plus personnel : ce travail de recherche et de compréhension m’aide à mieux gérer cette crise. Cela permet de mettre des éléments en contexte, d’une crise sortent parfois des éléments positifs. 
En tant qu’enseignant-chercheur, on a l’habitude de manipuler des chiffres et surtout de les interpréter. On est une autre source d’information et de compréhension de cette épidémie. 
 
Vous avez rédigé un article dans The Conversation dans lequel vous faites le parallèle entre les mesures barrières liées à la crise sanitaire actuelle et celles qui existent déjà en géographie. On retrouve des similitudes ? 
 
Oui il y a des similitudes. La construction de barrières dans la plupart des crises ou risques est une constante. Presque tout le temps c’est notre réaction primaire, primitive. Les barrières que l’on a mises aujourd’hui sont identiques à d’autres barrières epidémiologiques, à différentes échelles et multiformes. La différence avec celle du COVID19, c’est l’ampleur de cette dernière qui est d’ordre mondial !  Sinon ce n’est pas quelque chose de si inhabituel que ça. 
 
En faisant le parallèle entre ces différents types de mesures barrières, vous montrez que, malgré la mise en place de certaines d’entre elles, elles ne suffisent pas à stopper définitivement un problème. C’est le cas aussi concernant l’épidémie de COVID19 ?  
 
Ce que je dis est finalement assez logique et de bon sens. Ce n’est pas en mettant une barrière qu’on fait disparaître le problème. C’est essentiel, mais ce n’est pas suffisant. 

On a des comportements structurels à adopter en plus des mesures barrières. De cette crise on va tirer, je l’espère du moins, quelques leçons. On sera peut être plus attentif à quelques normes d’hygiène, mais aussi aux modes de production et de distribution de certains produits par exemple. 

Il faut juste que ça revienne à la normale ?
 
Je n’aime pas trop le mot « normal ». L’idée est de retourner à un fonctionnement ou la majorité des personnes retrouvent un mode et un rythme de vie similaire à ce qu’il y avait avant, c’est ce qu’on appelle la résilience. Mais on n’est pas seulement dans une crise sanitaire, elle va être économique et sociale. Donc retour à la normale sanitaire oui, dans quelques mois peut-être, mais économique et sociale, pas tout de suite, c’est une certitude . 
 
 Vous écrivez « Le risque n’est pas une menace. » Ça veut dire qu’il y a du « positif » dans le risque ? 
 
Tout d’abord, j’insiste sur le fait que ce n’est pas tout à fait la même chose un risque et une menace. Sinon pourquoi aurait-on le goût du risque ? Le risque peut aussi apporter du plaisir, de la connaissance, de l’amélioration. 
Pour illustrer mon propos de manière très concrète, vous avez par exemple le risque financier, ou l’investissement, qui est nécessaire pour les personnes qui ont le goût de l’entreprenariat. 
 
Dans le cadre du COVID19 : on est dans la crise, non plus simplement dans le risque ; mais, pour parler du « positif », on peut dire que cette épidémie a permis un apprentissage supplémentaire sur la circulation d’un virus, ça a aussi développé de nouvelles formes de solidarités, ça a permis à certains de prendre du recul sur les choses, de se mettre en mode « pause »… 
On va aussi pouvoir tirer des leçons sur nos façons de consommer, de produire. Peut-être que même certaines personnes vont « ouvrir les yeux » sur notre société actuelle. 
J’aime bien cette expression car c’est assez parlant : cette pandémie nous a obligé à ouvrir les yeux sur certaines choses qu’on a acceptées sans trop y songer, ou qu’on ne voulait pas voir : par exemple certaines inégalités (concernant l’accès aux soins, les métiers des soignants).
 
Vous mettez en exergue la relation « Pouvoir publics » et citoyens dans la gestion du risque de cette épidémie. Il est plus facile de faire porter aux individus le poids de la gestion du risque étant donné que le moyen de transport du virus… c’est nous ?  
 
Oui, tout à fait. Quand il y a des crises, on a tendance à vite vouloir trouver des boucs émissaires, des responsables vers qui se tourner. Et les pouvoirs publics ont tendance à ne pas vouloir assumer toute leur responsabilité. 
Dans le cas de cette épidémie, il est beaucoup plus facile pour les pouvoirs publics de dire « ce n’est pas de notre faute »  puisque dans le cas présent, le vecteur de transmission est le citoyen qui n’a pas respecté les gestes barrières. 
 
Ceci étant, dans cette crise on voit une sorte de résurgence de l’Etat qui est par excellence le gestionnaire des risques majeurs. Dans les dernières décennies, l’Etat avait eu tendance à déléguer la gestion des risques mineurs vers les collectivités locales et se gardait les risques majeurs (nucléaire ou autre).
 
Je trouve que la gestion de cette crise n’a pas été si mauvaise que ça compte tenu des conditions dans lesquelles elle a eu lieu. Plus qu’une mauvaise gestion, c’est une mauvaise coordination. C’est devenu très compliqué parce qu’il y a beaucoup d’autres enjeux que l’enjeu sanitaire (économique, culturel et social entre autres). 
Malgré tout il est quand même très important de se poser une question : quelle est la part de responsabilité de chacun afin de mieux se préparer à l’avenir ?
 
Finalement, quelles sont les mesures barrières les plus efficaces ?
 
Je ne suis pas en mesure de répondre à cette question puisqu’on est encore au milieu de la crise et je ne suis pas le mieux placé pour le dire. Je préfère ne pas dire ce qui me paraît le mieux ou ce qui aurait été le mieux. Continuons à apprendre, accentuons les apprentissages sur cette maladie. 
 
De manière plus générale : les mesures barrières efficaces sont celles qui proposent un équilibre juste entre la gestion d’une menace (inondation / maladies, etc.)  identifiée, réelle et imminente ET la gestion des risques afférents (quels sont les risques liés aux politiques de gestion choisies : Sanitaire / sociale / économique).
C’est toujours très compliqué, mais tentons une conclusion simple : la meilleure mesure barrière est celle qui est la plus juste. 
 

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