Etude : L’ULCO enquête sur l’impact du confinement auprès de la population

Maître de conférences en sociologie de la santé à l’ULCO (laboratoire UREPSSS), Alessandro Porrovecchio fait partie d’une équipe de chercheurs européens qui travaille sur l’impact du confinement auprès de la population. L’objectif ? Comprendre afin d’anticiper (pour l’avenir) les effets de pareilles situations.

 
Bonjour Alessandro ! Une équipe de plusieurs chercheurs européens, dont vous faites partie, travaille sur les impacts du confinement auprès des populations. Comment est né ce projet de recherche ? 
 
L’idée de départ vient d’une collègue,  Linda Lombi de l’Université de Milan avec qui nous collaborons beaucoup qui m’a contacté pour participer à ce travail de recherche. Le projet de départ a été lancé en Italie car c’est l’un des premiers pays européens à avoir connu le confinement. Au fur et à mesure des politiques publiques mises en place par les autres pays européens on s’est rendu compte qu’il y avait un impact de la maladie qui était différent d’un pays à l’autre et donc qu’il serait intéressant d’étendre ce travail à plusieurs pays dont la France. 
 
 
Vous avez matérialisé cette étude par la création d’un questionnaire en ligne. À quoi va-t-il servir exactement ? 
 
L’objectif premier de notre étude est d’explorer l’impact social et psychologique de
la pandémie COVID19 pendant la période de confinement et d’éloignement social.
Il s’agit ici de comprendre afin d’anticiper pour l’avenir les effets de pareilles situations. 

Nous sommes des sociologues, notre mission est de se poser des questions qui permettent d’améliorer la vie des personnes sur le plan social et pas seulement ! On part de l’idée que le plan social est lié avec tous les autres, et influence donc également la santé des personnes, comme c’est le cas ici.

Nous souhaitons également explorer la perception du «  risque COVID19 » parmi les participants (pour eux-mêmes et leurs parents et amis) mais aussi identifier les sources médiatiques à partir desquelles nous obtenons nos connaissances et façonnons notre avis sur le thème de l’épidémie de COVID19. Nous voulons aussi décrire l’état de santé mentale et physique des personnes interrogées pendant la pandémie. 

 
Vous parlez de la diffusion, justement : cette étude est destinée aux pouvoirs publics ?
 
Non, pas seulement… et heureusement (rire) ! Plus sérieusement, la sociologie, c’est un vecteur de partage. Si je devais lister les destinataires, ils seraient nombreux !
Concrètement, ce travail est destiné à trois cibles prioritaires.
La communauté scientifique qui doit pouvoir s’appuyer sur des éléments sociologiques en complément des travaux de recherches médicales, les pouvoirs publics afin de dresser un constat scientifique, sociologique de l’impact des politiques publiques sur la population et puis cette étude est aussi destinée à la société. Ce travail de recherche doit permettre aux personnes d’avoir une « photographie » à l’instant T de ce qu’il se passe, de voir et surtout de savoir quels sont les effets du confinement sur le style de vie, sur la perception par les personnes et sur la santé mentale.   
 
C’est une première dans beaucoup de domaine ce confinement, cette épidémie ?
 
Oui complètement même si des similitudes peuvent être notées avec le cas de l’épidémie de SRAS qui a eu lieu il y a quelques années ou avec les pandémies précédentes. La différence majeure est que beaucoup d’études sociologiques sont actuellement lancées par plusieurs équipes en occident, tandis qu’en 2002-2004 les études étaient plus ciblées et limitées en nombre. Une étude à Hong Kong, par exemple, a voulu savoir si la population avait pris de bonnes habitudes pendant leur confinement. Dans notre cas, on souhaite savoir si ce dernier a des effets néfastes sur la santé mentale et physique des gens.
 
Est-ce qu’il y a des premiers résultats qui émane de votre enquête ? 
 
Comme je le disais précédemment, elle a commencé dès le premier jour de confinement en Italie, nous avons donc quelques éléments mais il faudra les mettre en perspective avec les autres réponses au questionnaire.
Pour l’instant, les premiers résultats de notre étude ne sont pas bons. Nous observons des effets négatifs d’un style de vie sédentaire. On remarque, sur les premiers éléments récoltés, que les personnes fumeurs augmentent leur consommation, il en est de même avec l’alcool, etc. D’une manière générale, cette crise épidémique et ce confinement ont un impact néfaste sur la santé mentale et physique. 
Paradoxalement, nous avons aussi constaté qu’une certaine partie de notre échantillon analysé semblerait avoir mis en place des bonnes pratiques, dont l’augmentation de l’activité physique, par exemple. Cela dépend de plusieurs facteurs sociodémographiques et individuels.
 
Pourquoi une dimension européenne à ce projet ? Cela apporte un vrai plus ?
 
Oui clairement ! Cela nous permet d’évaluer les effets de ce confinement auprès de populations qui ont des mesures de confinement différentes ! On voit les effets des politiques publiques sur les différentes populations. Est-ce que les gens sont plus heureux sur la base des politiques publiques mises en place en Suède ou en Grande-Bretagne par rapport aux autres pays ? C’est tout le travail que nous menons en ce moment ! À ce jour nous avons recueilli presque 2000 questionnaires en France, 2200 en Italie ; nous arriverons probablement à 15.000 en Europe d’ici la fin du confinement. 
 
 
 
 
Parmi les publications de Alessandro Porrovecchio : 
 
– Andrieu A., Parry J., Porrovecchio A., Sirost O., Body ecology and emersive leisure, Routledge, New York, 2018.
 
– Porrovecchio A., Di Francesco G., ladner J., Etudiants : acteurs de leur santé? Regards pluridisciplinaires, L’Harmattan, Paris, 2018
 
– Porrovecchio A., Sport, sexe et genre. Représentations et narrations, L’Harmattan, Paris, 2017

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